Risque de lésions oculaires 3,6 fois plus élevé chez les dentistes

Les dentistes travaillent pendant de longues périodes sous des sources lumineuses ciblées, souvent sans protection oculaire. Cela est évidemment essentiel pour le travail de précision qu’exige la dentisterie, mais ça entraîne également un risque accru de lésions oculaires et de certains troubles visuels, tels que la dégénérescence maculaire (fuites ou anomalies des vaisseaux sanguins derrière la rétine) et le glaucome (pression intraoculaire élevée).

 

Le 13 février 2026, une étude sur les effets d’une exposition prolongée à la lumière dentaire a été publiée dans l’International Journal of Oral Science. Des chercheurs chinois de l’Université du Sichuan ont examiné comment l’éclairage contribue aux lésions de la rétine et quelles en sont les causes : « Nous voulions déterminer comment les photodommages chroniques causés par les sources lumineuses dentaires affectent la stabilité de la barrière hémato-rétinienne et l’environnement microvasculaire de la rétine », explique le professeur Junyu Chen.

 

La barrière hémato-rétinienne joue un rôle crucial dans le maintien de l’homéostasie de la rétine en régulant l’échange de molécules entre la circulation sanguine et le tissu rétinien. La perturbation de cette barrière peut entraîner une ischémie rétinienne (circulation insuffisante dans la rétine), une inflammation et la dégénérescence des structures impliquées dans la vision.

 

L’étude a impliqué 14 523 personnes, comprenant à la fois des dentistes et des non-dentistes, et a analysé la prévalence des troubles visuels entre les deux groupes. Des expériences ont également été menées sur des rats. Ceux-ci ont été exposés pendant six mois, huit heures par jour, à une lumière halogène, à une lumière LED blanche et à une lumière LED bleue, avec différentes intensités (200 et 1000 lux).

 

Les modifications de la rétine des rats ont ensuite été examinées. Un séquençage de l’ARN a également été réalisé afin d’identifier les changements moléculaires et inflammatoires.

 

Les chercheurs ont constaté que les dentistes présentaient une prévalence significativement plus élevée de problèmes visuels que les non-dentistes, avec un risque environ 3,6 fois supérieur. Dans l’expérience sur les rats, il a été observé que la lumière LED bleue et blanche provoquait des lésions importantes de la rétine (notamment du système vasculaire rétinien). À des intensités lumineuses plus élevées, davantage de dommages structurels ont également été observés au niveau des cellules rétiniennes et des photorécepteurs.

 

Selon les chercheurs, ces résultats suggèrent que l’exposition chronique à la lumière génère un stress oxydatif, entraînant des lésions vasculaires et une inflammation des voies de signalisation, puis une perturbation de la barrière hémato-rétinienne et, finalement, une dégénérescence de la rétine. Ces atteintes vasculaires et inflammatoires seraient à l’origine des dommages chroniques de la rétine.

 

Cela a des implications importantes pour la pratique dentaire. Réduire l’intensité lumineuse, limiter la lumière bleue et améliorer les systèmes d’éclairage pourraient contribuer à diminuer les risques de troubles visuels chez les dentistes. L’éclairage halogène à faible intensité pourrait ainsi constituer une alternative aux sources LED à haute intensité couramment utilisées.

 

Source :
https://www.eurekalert.org/news-releases/1121923
&
https://www.nature.com/articles/s41368-025-00414-3