L’IA fera-t-elle disparaître la dentisterie traditionnelle ?

Deux lettres que l’on voit partout et sur lesquelles chacun a désormais un avis : l’IA, ou intelligence artificielle. L’intégration de l’IA en dentisterie peut potentiellement conduire à des avancées majeures dans le domaine du diagnostic, de l’élaboration des plans de traitement, de la gestion des cabinets et de l’exécution des actes dentaires.

 

Des chercheurs de la Medical University of Sofia, en Bulgarie (Department of Prosthetic Dental Medicine), ont étudié l’intégration de l’IA en dentisterie et constatent une évolution progressive : on passe de modèles limités, conçus pour des tâches très spécifiques, vers une intelligence artificielle plus générale.

 

Sur cette base, ils ont défini quatre phases hypothétiques décrivant la manière dont l’intégration de l’IA dans la pratique dentaire pourrait évoluer. Leur analyse repose sur les tendances actuelles en matière de machine learning, de deep learning, de robotique et d’intégration des données. Il s’agit de concepts théoriques et non de prévisions définitives.

 

Les chercheurs distinguent les phases suivantes :

 

  1. Diagnostic (2025–2035)
    L’IA est déjà utilisée aujourd’hui pour certaines tâches diagnostiques spécifiques, telles que la prédiction des extractions dentaires à partir de radiographies ou la détection de lésions périapicales. Elle est également employée dans la reconnaissance des cancers de la cavité buccale. Les chercheurs estiment que, vers 2028, des systèmes d’IA tels que ChatGPT pourraient atteindre un niveau comparable à celui des professionnels en matière de rédaction scientifique et d’algorithmes prédictifs.
  2. Plans de traitement et prothétique (2025–2040)
    Les outils d’IA commenceront à concurrencer les dentistes et les prothésistes dentaires dans la conception des plans de traitement et des prothèses. Une autonomie des flux de travail dans des domaines limités et spécifiques pourrait être atteinte autour de 2035–2040. L’IA serait alors capable de planifier la pose d’implants plus rapidement et de manière plus cohérente que les dentistes, ainsi que de produire des smile designs comparables à ceux réalisés manuellement par les praticiens. Un rapport Global Trends suggère que ces processus assistés par l’IA pourront rivaliser avec les techniques traditionnelles en termes de rapidité, de précision et de personnalisation des dispositifs médicaux, tels que les implants.

  3. Exécution des actes (2025–2040)
    Aujourd’hui déjà, des robots pilotés par l’IA peuvent concurrencer la chirurgie implantaire traditionnelle. En endodontie, l’IA assiste les traitements de canal ; en orthodontie, elle est utilisée pour le cintrage des arcs dans le traitement des malocclusions ; en radiologie orale, elle aide au positionnement des appareils de radiographie. Ces tâches et interventions seront de plus en plus prises en charge par des robots guidés par l’IA. À ce sujet, le Imagining the Digital Future Center de Elon University (États-Unis) écrivait : « D’ici 2040, près de 75 % de tous les employés seront licenciés et remplacés par l’IA. Il y aura des hôpitaux avec pratiquement plus de médecins, uniquement des infirmiers et de l’IA. »

  4. L’intelligence artificielle générale prend en charge des procédures dentaires (2025–2047)
    L’intelligence artificielle générale (Artificial General Intelligence – AGI) se caractérise par une application plus large, moins limitée à des tâches spécifiques. Elle offre davantage de flexibilité et d’autonomie et peut accomplir des tâches inconnues sans programmation préalable spécifique. Une enquête menée auprès de chercheurs en IA indique qu’ils s’attendent à ce que l’AGI devienne réalité d’ici 2047, bien que certains estiment que cela pourrait se produire beaucoup plus tôt. Grâce à l’AGI, l’implication humaine dans certains traitements pourrait fortement diminuer, ce qui signifierait qu’une part importante des tâches du dentiste pourrait être prise en charge par l’IA.

 

Les calendriers présentés sont hypothétiques et visent à stimuler la réflexion et le débat sur les évolutions possibles, sans prétendre à une inévitabilité ni à une prévision exacte. Étant donné que l’IA concurrence les capacités humaines dans des tâches traditionnellement considérées comme relevant exclusivement de l’intellect humain, il est essentiel de s’y préparer et d’ouvrir dès maintenant le débat. Les auteurs soulignent toutefois que le nombre d’études portant sur l’impact de l’IA dans les différents domaines de la dentisterie assistée par l’IA reste actuellement limité.

 

Source : https://www.cureus.com/articles/451639-the-impending-obsolescence-of-traditional-dentistry-a-forecast-of-artificial-intelligence-integration-and-its-transformative-impacts#!/